En bref
- Votre voix de marque n’est pas à inventer : elle se lit dans vos articles publiés, sous forme de régularités qu’on peut compter.
- Un brief de ton décrit n’importe qui, et peut même être faux sur vous : mes phrases font 23 mots en médiane, alors que mes textes paraissent faits de phrases courtes.
- Chaque trait a une fréquence. Donné sans sa dose, un trait est sur-appliqué par l’IA et devient un tic.
- L’IA repère les traits, elle n’estime pas leur densité : le modèle qualifie, le code quantifie.
- La méthode tient en quatre étapes : trois à cinq textes représentatifs, lus en entier, distillés par axe avec des citations, puis comptés.
Une voix de marque, c’est la façon dont une marque sonne quand elle écrit : ses tournures, son rythme, ses mots, et ce qu’elle refuse d’écrire. Avec l’IA qui rédige une part croissante des contenus, c’est la première chose qu’on perd, et la plus difficile à décrire dans un prompt. La bonne nouvelle, c’est que vous n’avez pas à l’inventer : elle existe déjà, noir sur blanc, dans ce que vous avez publié.
Je m’en suis rendu compte en construisant le guide de voix qu’utilisent mes outils de rédaction IA. Un guide tiré de mes propres articles, avec des citations à l’appui. Tout y était juste, et pourtant les textes produits forçaient le trait.
Alors j’ai fait ce que je fais sur un site quand quelque chose cloche : j’ai mesuré. J’ai passé mes 18 articles publiés, un peu plus de 50 000 mots, dans des scripts de comptage, et j’ai regardé ce qui revenait vraiment.
Dans cet article, je vous montre ce que ça donne avec mes vrais chiffres, pas avec un cas d’école, puis comment refaire l’exercice sur vos propres textes. Le sujet est plus technique qu’il n’en a l’air, mais je vais rester au plus près du concret.
Pourquoi vos contenus IA se ressemblent
Demandez à n’importe quel modèle d’écrire un article sur votre sujet : il vous rendra un texte propre, structuré, sans faute. Et parfaitement interchangeable. Ce n’est pas un défaut du modèle, c’est sa nature : sans autre indication, il écrit comme la moyenne des textes qu’il a lus, et la moyenne n’a la voix de personne.
Le problème, c’est que votre lecteur lit lui aussi la moyenne, toute la journée. Ce qui le fait rester sur une page, revenir sur un site ou reconnaître un auteur dans son fil d’actualité, c’est précisément ce qui s’en écarte : une façon de trancher, un mot qu’on n’attendait pas, un rythme. Un contenu sans voix n’est pas mauvais, il est oubliable.
L’enjeu dépasse d’ailleurs le confort de lecture. Dès que vous publiez beaucoup, avec plusieurs outils ou plusieurs rédacteurs, la voix devient ce qui relie vos contenus entre eux. C’est elle qui fait qu’on reconnaît la marque d’un texte à l’autre. Sans elle, chaque contenu vit sa vie, et votre site finit par ressembler à une collection de textes signés par personne.
Vous me direz : il suffit d’indiquer à l’IA quel ton employer. C’est justement là que ça coince.
Un brief de ton ne décrit rien
La plupart des briefs de ton se ressemblent : « professionnel mais accessible », « expert et chaleureux », « un style vivant, des phrases percutantes ». Relisez-les en pensant à trois marques concurrentes de votre secteur : ils leur vont à toutes les trois. C’est le problème du portrait-robot. « Taille moyenne, cheveux bruns », ça décrit la moitié de la rue.
Plus gênant, un brief de ton peut être faux sur vous-même. On décrit sa voix d’après l’impression qu’elle laisse, et l’impression trompe. Voici ce qu’un brief aurait pu dire de mes articles, face à ce qu’ils contiennent réellement.
| Ce que dirait un brief de ton | Ce que disent mes 18 articles |
|---|---|
| « Un ton proche du lecteur » | 245 « vous » et pas un seul « tu » : proche, mais vouvoyé |
| « Des phrases courtes et percutantes » | Une phrase médiane de 23 mots, et une phrase sur cinq qui atteint 35 mots ou plus |
| « Un ton conversationnel » | « c’est pas » 10 fois, contre « ce n’est pas » 26 fois : l’oral reste l’exception |
| « Un style vivant » | Une incise tous les 470 mots, avec « D’ailleurs » loin devant |
| « Des titres accrocheurs » | Des titres de 5 mots en médiane, dont moins d’un sur dix en forme de question |
La deuxième ligne est la plus instructive. Mes paragraphes sont courts et mes textes aérés, ce qui laisse une impression de phrases courtes. C’est l’inverse : j’écris surtout des phrases longues qui empilent les précisions, avec de temps en temps une phrase sèche pour asséner.
Seules 3 % de mes phrases font 8 mots ou moins. Ce qui fait mon rythme, ce n’est pas la brièveté, c’est l’alternance. Un brief qui aurait réclamé « des phrases courtes » à une IA lui aurait fait écrire quelqu’un d’autre que moi.
Ma voix, en chiffres
Concrètement, j’ai pris mes 18 articles publiés, sur creapulse.fr et en tribune sur le Journal du Net, dont une tribune parue en 2014. J’en ai retiré le code, les liens et les métadonnées, puis j’ai compté. Pas d’IA pour juger, pas d’impression : des scripts qui comptent des pronoms, des tournures, des longueurs de phrase et des débuts de paragraphe. Tous les chiffres de cet article viennent de ce relevé, fait en octobre 2026.
| Ce qui est mesuré | Sur quoi | Résultat |
|---|---|---|
| Volume du corpus | 18 articles | 50 711 mots |
| Adresse au lecteur | « vous », « votre », « vos » | 245 occurrences, et 0 « tu » |
| L’auteur qui parle | « je », « j’ » | 202 occurrences |
| Le raisonnement partagé | « on » | 367 occurrences, le pronom le plus fréquent |
| Incises du répertoire | 13 tournures suivies | 108 occurrences, une tous les 470 mots |
| Longueur de phrase | 1 329 phrases de prose | 23 mots en médiane, 19 % à 35 mots ou plus |
| Paragraphes autonomes | 498 paragraphes de 25 mots et plus | 409 se comprennent lus seuls, soit 82 % |
| Titres de section | 273 titres de niveau 2 à 4 | 5 mots en médiane |
| Marqueur rare | « mécanique », « mécaniquement » | 8 occurrences en tout |
| Tiret cadratin | Tout le corpus | 0 |
Trois choses sautent aux yeux.
D’abord, c’est le « on » qui domine, avec 367 occurrences. C’est le pronom du raisonnement qu’on déroule ensemble : « on va voir que », « on comprend mieux ». Le « je » intervient pour le terrain, quand je raconte ce que j’ai constaté sur un site client, et le « vous » pour interpeller le lecteur. Trois pronoms, trois fonctions, et c’est leur dosage qui fait le ton, bien plus qu’un adjectif dans un brief.
Ensuite, les traits les plus fiables d’une voix sont souvent des absences. Zéro « tu » en plus de 50 000 mots, zéro tiret cadratin : ce sont des règles sans exception, donc les plus sûres à transmettre. Pourtant, on pense rarement à les écrire, parce qu’on ne remarque pas ce qu’on ne fait jamais.
Les titres, eux, disent le registre mieux qu’un long discours. Les miens font 5 mots en médiane, et ils sonnent souvent comme une phrase qu’on dirait à voix haute : « C’est quoi des logs ? », « Ce qui a changé », « Ce qui ne marche plus ». Pas de titre à rallonge bourré de mots-clés, pas d’énumération : sur 273 titres, deux seulement enchaînent plusieurs sujets.
Enfin, et c’est le point le plus important, chaque trait a une fréquence. Une incise tous les 470 mots, ce n’est pas « des incises » : c’est cinq ou six dans un article de fond, pas une par paragraphe. Huit occurrences de « mécanique » en 18 articles, ce n’est pas un mot fétiche, c’est un marqueur rare, qui fonctionne justement parce qu’il est rare. On y reviendra, parce que c’est exactement là que les IA dérapent.
De quoi une voix est faite
Pour qu’une voix soit utilisable, par une IA ou par un rédacteur qui arrive dans l’équipe, il faut la ranger. J’utilise cinq axes, qui couvrent à peu près tout ce qui fait qu’on reconnaît un auteur. Chacun se mesure à sa façon.
- Le ton, c’est qui parle, et à qui. Il se lit dans les pronoms, dans le registre (vouvoiement ou tutoiement, oral ou écrit) et dans la façon de prendre position.
- Le style de phrase, c’est la construction : la longueur, le rythme, les incises, la ponctuation.
- Le vocabulaire, ce sont les mots qui reviennent parce qu’ils portent le sens (chez moi, « pertinence » apparaît 27 fois, dans 10 articles sur 18), et ceux qui jugent au lieu de décrire, comme du crawl « gaspillé » ou un effet « néfaste ».
- Le déroulé, c’est la façon d’ouvrir un texte, de l’illustrer et de le conclure. Chez moi, une intro qui pose le contexte et une promesse, des cas concrets, et une conclusion qui se termine sur une question. Il se mesure aussi : 82 % de mes paragraphes se comprennent lus seuls, sans s’appuyer sur celui d’avant.
- Les principes, enfin, c’est ce qu’on défend et ce qu’on refuse : pas de superlatif creux, pas de promesse miracle. Ils se lisent autant dans ce qui manque que dans ce qui est écrit.
Le répertoire d’incises montre bien ce que le comptage apporte. Ce sont les petites tournures qui servent à alerter, nuancer ou simplifier. J’en ai relevé 13 qui reviennent dans mes textes, et voici leur fréquence réelle :
| Tournure | Occurrences dans 18 articles |
|---|---|
| « D’ailleurs » | 36 |
| « En fait » | 12 |
| « Ceci dit » | 10 |
| « Là aussi » | 8 |
| « Imaginez » | 7 |
| « Bon, » | 7 |
| « En gros » | 7 |
| « A noter que » | 4 |
| « Vous me direz » | 4 |
| « Ce qu’il faut retenir » | 4 |
| « Autant dire » | 3 |
| « Attention, » | 3 |
| « Pour faire simple » | 3 |
À lui seul, « D’ailleurs » pèse un tiers du total. Les douze autres sont des épices : présentes, reconnaissables, mais à petite dose.
« Bon, » apparaît 7 fois en plus de 50 000 mots, soit moins d’une fois tous les deux articles. Imaginez maintenant une IA à qui l’on dit simplement : « Serge emploie “Bon,” ». Combien de fois va-t-elle le placer dans un seul article ?
Le piège : un trait sans sa dose
Quand j’ai confié ma voix à mes outils de rédaction, la première version de mon guide listait mes tournures, mes mots-signature, mes marqueurs. Tout était juste, tout était tiré de mes textes. Et pourtant, dans les articles générés, j’ai vu revenir « Bon, » et « mécaniquement » bien plus souvent que je ne les écris. Chaque trait était bien le mien, mais à cette fréquence, c’étaient devenus des tics.
Pourquoi ? Parce qu’un modèle à qui on donne une consigne cherche à montrer qu’il l’a suivie, et le moyen le plus sûr de le montrer, c’est de rendre le trait visible. Si le guide dit « l’auteur emploie “mécaniquement” » sans dire combien de fois, le modèle le placera dès qu’il le peut : chaque occurrence est une preuve d’obéissance.
Mon guide disait même de mes tournures qu’elles étaient « à réemployer ». Pour moi, c’était une description. Pour le modèle, c’était un ordre.
C’est un peu comme le sel dans une recette. « Mettez du sel » et « une pincée de sel » ne donnent pas le même plat, et pourtant les deux consignes sont justes. Un trait de voix sans sa dose n’est plus une voix, c’est une caricature.
J’ai essayé de faire préciser cette dose par l’IA elle-même, au moment où elle extrait la voix d’un texte. Échec complet. Avec deux formulations différentes, dont une avec un format imposé et un exemple, le modèle a annoté la fréquence de zéro trait sur 25.
Il repère très bien les traits, il n’estime pas leur densité. Ça tombe bien : compter, c’est exactement ce que sait faire un script.
Ce qu’il faut retenir, c’est cette répartition des rôles : le modèle qualifie, le code quantifie. Laissez l’IA repérer ce qui fait votre voix, puis comptez vous-même combien de fois chaque trait revient. Dans mon guide, la consigne sur les incises est devenue : environ une tous les 500 mots, en variant, soit cinq ou six différentes dans un article de fond. Ce n’est plus une liste de tics à placer, c’est une dose.
Comment sortir la vôtre de vos textes
La méthode tient en quatre étapes. Aucune n’est compliquée, mais la dernière est celle que tout le monde saute.
1. Choisir trois à cinq textes vraiment représentatifs. Pas forcément vos plus récents, ni vos plus lus : ceux où vous vous reconnaissez le plus. Écartez les contenus réécrits par d’autres, les communiqués, les fiches produits. Et variez les sujets : si vos cinq textes traitent du même thème, vous extrairez un thème, pas une voix.
Pourquoi trois au minimum ? Parce qu’en dessous, une tournure propre à un seul texte passe facilement pour un trait de voix.
2. Travailler sur les textes entiers, pas sur un résumé. C’est l’erreur la plus courante : demander à une IA de résumer le style d’un texte. Un résumé garde le sujet et jette la voix, puisque la voix se trouve précisément dans ce qu’un résumé supprime : les incises, les digressions, la ponctuation, les petites prises de position en passant. Il faut le texte intégral, mot pour mot.
3. Distiller par axe, avec des citations. Pour chacun des cinq axes, notez les traits qui reviennent, et pour chaque trait, une citation exacte tirée de vos textes. La citation est le garde-fou.
Un trait qu’on ne peut pas illustrer par une phrase réellement écrite est un trait qu’on s’invente. « Ton direct » ne vaut rien ; « on tranche : “adieu le PR sculpting” » vaut quelque chose, parce qu’un modèle peut s’en servir.
Pour les traits qui se déclinent en variantes, comme les incises ou les formules d’ouverture, notez-en au moins cinq. Avec une liste de deux ou trois, le modèle les recycle en boucle, et vous retombez dans le tic. Si vos textes n’en fournissent pas assez, vous pouvez compléter par des tournures proches, à condition de les marquer comme des suggestions à valider : ce ne sont pas encore les vôtres.
4. Compter, pour fixer les doses. Une fois les traits repérés, comptez-les sur l’ensemble de vos textes et notez la fréquence à côté de chacun. Pensez aussi à ce qui n’apparaît jamais : une absence mesurée sur des dizaines de milliers de mots est une règle d’une fiabilité rare. C’est l’étape la plus fastidieuse à la main, et c’est elle qui fait la différence entre une voix et une imitation.
Attention, ces absences se transmettent mieux en positif. Plutôt que « jamais de tutoiement », écrivez « le lecteur est vouvoyé » ; plutôt qu’une liste d’expressions interdites, décrivez comment vous formulez une incise. Une consigne positive dit au modèle quoi faire. Un interdit lui dit seulement quoi éviter, et lui en parle quand même.
Et si vous n’avez pas encore trois articles publiés ? Prenez ce que vous avez écrit d’autre, à une condition : que ce soit vous qui l’ayez écrit. Une newsletter, de longs posts, la transcription d’une conférence font l’affaire. Ce qui ne fait pas l’affaire, ce sont les textes relus et réécrits par quelqu’un d’autre, parce qu’ils portent déjà deux voix.
Un dernier conseil : gardez le résultat court. Mon propre guide de voix pesait au départ plus de 10 000 caractères, soit 70 % des consignes de mon outil de rédaction. Il décrivait la voix, mais aussi la structure des articles : sommaire, listes, gras, maillage.
Résultat, les articles produits ressemblaient à des check-lists. Je l’ai ramené à moins de 6 000 caractères, en n’y laissant que la façon dont ça sonne. La voix dit comment ça sonne ; le plan de l’article, lui, se décide ailleurs.
Où la mettre une fois extraite
Une fois votre voix écrite, la tentation est de la recopier dans chaque outil : un bout dans le prompt de ChatGPT, une variante dans votre outil de rédaction, une autre dans les consignes d’un rédacteur freelance. Au bout de quelques mois, vous avez trois voix qui divergent, et plus aucune ne vous ressemble tout à fait. En gros, gardez-en une seule version, dans un seul document, et faites-la lire telle quelle par tous vos outils. Le jour où vous ajustez un trait, il change partout à la fois.
Un simple document texte suffit, du moment que vos outils le lisent tel quel. Évitez surtout qu’un outil le résume avant de s’en servir : un résumé de votre voix, c’est l’étape 2 à l’envers, on y perd exactement ce qu’on avait gagné.
Pour conclure
Votre voix de marque n’est pas un exercice de style à faire en atelier, avec des post-it et des adjectifs. Elle est déjà là, dans vos textes publiés, sous forme de régularités que vous pouvez compter : vos pronoms, votre rythme, vos tournures, et surtout ce que vous n’écrivez jamais. Ce qui manque à une IA pour écrire comme vous, ce n’est pas du talent. C’est cette description précise, avec ses doses.
Et vous, si vous passiez vos propres articles au crible, quel trait pensez-vous découvrir ?
Si vous voulez faire l’exercice sans écrire une ligne de script, j’ai construit un outil qui s’occupe des étapes 2 et 3 : vous lui donnez trois à cinq adresses de vos articles, il les lit (pas un résumé, le texte) et vous rend votre voix rangée en cinq axes, ses traits appuyés par des citations de vos textes, avec un rappel de dosage. Vous la récupérez sous deux formes : un bloc à coller dans n’importe quel assistant (ChatGPT, Claude, Mistral…) et un skill prêt à importer dans Claude. Le comptage de l’étape 4 reste de votre ressort : c’est là que votre relecture fait la différence. L’outil est gratuit.

Consultant SEO / GEO spécialisé en audits SEO avancés, stratégie de contenu automatisé et optimisé (avec relecture humaine), création d’outils sur mesures, analyse des brevets et algorithmes Google liés au SEO et à la recherche générative et domaines impactant le SEO: UX, social media, autorité de la marque, …
















